Le pari du courage

La crise de 2008 a violemment secoué l’Europe. Elle a révélé au grand jour notre perte de compétitivité, jusqu’à présent masquée par le recours à l’endettement public. Surtout, elle laisse derrière elle, avec son surcroît de chômage et de déficits, un doute immense. Hormis l’Allemagne, qui a conduit des réformes structurelles importantes depuis une quinzaine d’années, et dont la spécialisation sectorielle a profité du développement de nouvelles puissances industrielles, beaucoup d’économies européennes sont à la peine dans la compétition internationale.

Et comme la crise sociale a succédé à la crise économique et financière, les opinions publiques s’inquiètent de la montée du chômage, de la désindustrialisation, et plus généralement de leur avenir et de celui de leurs enfants. Pour paraphraser Karl Marx, parlant du communisme, on pourrait écrire qu’un spectre hante l’Europe : le spectre du déclin.

Au niveau individuel, ce sentiment collectif se traduit par la peur du « déclassement ». Mondialisation et peur du déclin

Assez logiquement, le débat sur la mondialisation ressurgit donc à travers un questionnement qu’on peut résumer simplement : « si les salariés français sont mis en compétition avec les chinois, indiens ou brésiliens, pouvons-nous garder nos emplois ? », ou encore : « nos enfants sont-ils condamnés à avoir des conditions de vie moins bonnes que les nôtres ? » Ces interrogations seront au coeur de la campagne pour 2012.

Les inquiétudes sont tout à fait sérieuses et légitimes alors que la France a perdu 500 000 emplois industriels en quinze ans et que les déficits commerciaux battent des records historiques. Rien ne serait pire que de balayer les peurs d’un revers de la main en s’appuyant sur les données macroéconomiques pour démontrer qu’à l’échelle de la planète, la mondialisation créé de la croissance et de la richesse et qu’à long terme, tout le monde en profite. Ce n’est pas ainsi qu’on réconforte un ouvrier apprenant le prochain départ de son usine dans un pays à bas coût. Ce n’est pas ainsi qu’on fait renaître l’espérance dans des territoires qui n’attirent plus d’activité depuis des années. Ce n’est pas ainsi qu’on rassure des parents qui culpabilisent de laisser à leurs enfants des dettes publiques considérables et un modèle social dont le financement n’est pas assuré à long terme.

Pour un responsable politique, ignorer les peurs est toujours une erreur ! Mais que dire de ceux qui les exploitent à des fins néfastes ? Par inconscience ou par cynisme, chacun dans leur registre, l’extrême-droite et une partie de la gauche jouent des difficultés que rencontre l’économie française pour avancer des propositions qui ne répondent absolument pas aux défis du 21e siècle. Au FN, Marine Le Pen promet « les protections aux frontières ». Au PS, Arnaud Montebourg promeut la « démondialisation ». Au Front de Gauche, Jean-Luc Mélanchon rêve aussi de remettre des barrières à l’entrée de notre pays. Les slogans sont parfois séducteurs alors que les Français doutent et sont avides de protection. Mais quelle douloureuse réalité cachent-ils ? Dans les trois cas, il s’agit de faire croire aux Français que le protectionnisme est leur planche de salut. Dans les trois cas, il s’agit de leur laisser penser que les efforts sont inutiles puisqu’il suffit de fermer les frontières et de taxer les importations pour régler tous leurs problèmes. Quel mensonge ! Quel contretemps !

La chimère protectionniste

Le protectionnisme est une chimère d’abord, parce qu’une telle politique entraînerait immédiatement des représailles et donc du chômage. Il faut être bien naïf pour croire que nos partenaires commerciaux accepteront sans réagir de voir notre marché intérieur leur échapper du fait d’interdictions ou de taxes protectionnistes. Est-il vraiment raisonnable de lancer la bataille des rétorsions commerciales quand plus de 25 % de nos emplois dépendent de l’exportation ? Un proverbe anglais résume notre situation avec autant de lucidité que d’humour : « People who live in glass houses should not throw stones. » (Il ne faut pas lancer des pierres quand on habite une maison en verre).

Ensuite, une décision protectionniste provoquerait une inflation soudaine et massive dans notre pays. Si la France devait produire elle-même, du jour au lendemain, tous les produits qu’elle consomme, il y aurait une baisse du pouvoir d’achat rapide et généralisée. En effet, pourquoi le consommateur préfère-t-il acheter un produit « made in China » plutôt qu’un produit français ? Sûrement pas par haine de soi ou par sinophilie, mais bien parce qu’il est à l’affut des meilleurs prix. On met ici le doigt sur la schizophrénie du consommateursalarié qui a souvent intérêt à payer les produits le moins cher possible quitte à favoriser l’export, donc à pénaliser l’emploi local, voire à terme son propre emploi. Pour guérir cette schizophrénie, il y a des remèdes qui créent de la richesse et des emplois et qui sont bien plus efficaces que le protectionnisme. La qualité, l’innovation ou la stratégie de marque sont par exemple des réponses. À quelle condition un consommateur est-il prêt à payer plus cher et à abandonner le « discount » ? Lorsqu’il sait que la qualité du produit en vaut la peine, lorsqu’il veut profiter d’une invention intéressante ou lorsqu’il s’identifie à l’état d’esprit véhiculé par la marque qu’il achète. Contrairement au protectionnisme qui entraîne le statuquo, ces réponses incitent à investir, à voir loin, à faire mieux !

De toute façon, le protectionnisme est une impasse dans la mesure où notre pays n’est pas autosuffisant. Il y a des pans entiers de l’économie dans lesquels la France est dépendante de l’importation. L’exemple le plus évident est celui de l’énergie. Le choix du nucléaire nous rend certes plus autonomes que nombre de nos partenaires, mais nous restons encore tributaires des énergies fossiles – gaz, pétrole… - en provenance d’autres pays. Il en va de même pour de nombreux secteurs importants qui ne pourraient pas se développer en France du jour au lendemain en claquant des doigts ou en fermant une frontière.

L’augmentation des droits de douane viendrait directement impacter le budget des ménages, bien davantage qu’une TVA anti-délocalisation qui permettrait, elle, d’améliorer notre compétitivité. Mais Marine Le Pen et Arnaud Montebourg oseront-ils le reconnaître devant les électeurs ?

Et si le protectionnisme n’était au final qu’un moyen supplémentaire de retarder le rendezvous de vérité ? « Pendant des années, on a utilisé la dette pour cacher notre perte de compétitivité. Puisque le recours à la dette n’est plus possible, rabattons-nous sur les barrières douanières », voilà le message que semblent adresser les promoteurs du protectionnisme. Et si on faisait plutôt les réformes structurelles qui s’imposent pour regagner les quelques points de compétitivité qui nous manquent ? Même si l’économie allemande est bien différente de la France, elle nous prouve qu’un pays européen qui s’en donne les moyens peut être compétitif dans la mondialisation, sans sacrifier les fondamentaux de son modèle social.

Le refus de la naïveté

Si je considère que la stratégie protectionniste n’est pas du tout la réponse aux problèmes de la France, je rejette aussi l’attitude naïve qui peut consister à s’enthousiasmer avec candeur et béatitude pour le libre-échange international et les vertus du « doux commerce ». Entre « L’horreur économique »2 et « La mondialisation heureuse »3, il y a la place pour une politique réaliste et ambitieuse, qui conjugue ouverture au monde et protection des Français et de leurs intérêts. C’est cette politique que je défends pour notre pays en proposant aux Français de renouer avec l’« esprit de conquête ». C’est l’intérêt de la Nation.

<p>Cette politique n’évacue pas la question
de l’équilibre des échanges
internationaux. Mais plutôt que le repli,
elle défend le principe de réciprocité. Par
exemple, il n’est pas normal que les
contraintes environnementales ou
sanitaires qui pèsent sur les industriels
européens au nom de la sauvegarde de la
planète ou de la santé des
consommateurs soient ignorées lorsqu’il
s’agit de biens importés. Dans cette
logique, nous soutenons le principe d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe, ou
encore un respect aussi scrupuleux des normes sanitaires que les produits ou matières
viennent d’Europe ou d’ailleurs. De même, il n’est pas acceptable que certains pays ferment
– par la loi ou de fait - leurs marchés publics aux entreprises européennes alors que nous
les ouvrons à la concurrence extra-européenne. L’Europe se doit d’être plus offensive dans
les négociations internationales et sans doute faut-il donner des mandats plus exigeants à
la Commission européenne afin qu’elle défende mieux les intérêts des pays européens
dans le cadre de l’OMC. Par ailleurs, la préférence communautaire doit s’appliquer,
notamment dans le secteur agricole. Pour lutter contre les déséquilibres dramatiques sur
les marchés mondiaux des matières premières agricoles, il est indispensable de construire
une régulation internationale, sur la base des grandes zones régionales.
<p>Le principe de réciprocité n’est pas une affaire de slogans simplistes ou de décisions
unilatérales. Il est un combat permanent, le résultat d’un rapport de forces où la capacité
de conviction et d’influence dans les instances internationales sont des éléments
primordiaux. Dans ces conditions, la résignation est une faute politique mais les
rodomontades populistes sont vaines ! Le Président de la République a montré pendant
la présidence Française de l’Union européenne et pendant la présidence du G20 que la
France pouvait faire entendre sa voix et défendre ses intérêts lorsqu’elle le faisait avec
intelligence et détermination. Il faut soutenir cette logique.
La politique réaliste et ambitieuse que je défends reconnaît le besoin de protection des
citoyens et leur apporte des réponses, sans ériger la protection en alpha et en oméga de
toute la stratégie économique française. Oui à une protection ciblée là où elle est
nécessaire, mais attention à ne pas freiner toute prise de risque. La France n’est pas un
musée de cire.
<p>Tous les Français ne sont pas égaux face à la mondialisation. Certains sont largement
gagnants, du fait de leur formation ou du secteur dans lequel ils travaillent. Un salarié bien
formé dans une branche où la France est très compétitive peut tirer profit de la
mondialisation. Il doit être encouragé, stimulé, plutôt que protégé. En retour, il est normal
qu’il contribue à la solidarité nationale. Il en va de même pour un fonctionnaire ou un
salarié travaillant dans un secteur peu exposé à la concurrence internationale.
<p>En revanche, certains salariés sont en première ligne, sans avoir les « outils » pour se battre
à armes égales avec la concurrence internationale. Ils ont besoin d’être accompagnés pour
ne pas subir personnellement les conséquences de la mondialisation. Face au processus de
« destruction créatrice » théorisé par Joseph Schumpeter, le politique n’a pas le droit de
regarder des pans de l’industrie disparaître en laissant des ouvriers sur le carreau sous
prétexte que de nouveaux secteurs émergent à côté. Ce n’est pas parce que le numérique
a créé 700 000 emplois depuis 15 ans et qu’il devrait en créer au moins 450 000 d’ici 20154
qu’il faut fermer les yeux sur la situation des anciens salariés de l’industrie textile.
Le défi politique ne consiste pas à indemniser les « perdants de la mondialisation », comme
le préconise trop souvent la gauche, au mépris de la dignité des personnes concernées qui
se trouvent alors enfermées dans l’assistanat, et ce au prix d’un gâchis humain et
économique considérable. Le défi consiste à aider chacun à trouver sa place dans le
système économique et social. Parce que chaque Français est important.
<p>C’est alors un engagement en faveur de la reconversion, de la formation et de
l’accompagnement actif qui s’impose. L’expérience prouve qu’il n’y aucune fatalité : quand,
dans une ancienne région minière, s’installe un constructeur automobile japonais, des
perspectives s’ouvrent à tous ceux qui peuvent se former. Quand, dans un quartier sensible,
on implante une zone franche, on attire les entrepreneurs et on accompagne le retour
vers l’emploi, le taux de chômage peut baisser.
Le besoin de protection des salariés
concerne en réalité moins l’emploi qu’ils
occupent à un instant donné – personne
n’est sérieusement capable de le garantir -
que leur capacité à faire face aux
circonstances à venir. C’est ce qu’on
appelle l’employabilité. Voilà un point sur
lequel notre modèle doit absolument
progresser : protégeons les personnes en
leur donnant les armes pour construire
leur destin, au lieu de prétendre protéger
leurs postes, ce que l’Etat ne peut pas faire
pour tous les Français.
<p>Dans certains cas, la politique de protection peut aussi passer par une intervention directe
en soutien à une filière en crise : on l’a vu en 2009 lorsque, grâce à la réactivité de Nicolas Sarkozy, l’Etat a sauvé la filière automobile française en accordant des prêts à taux
préférentiel aux constructeurs automobiles à court de trésorerie en raison de la crise. Il
aurait été irresponsable de laisser disparaître plus de 700 000 emplois (directs ou induits)
et une industrie stratégique. Il faut insister sur le fait que cette intervention de l’Etat n’est
pertinente que si elle est ponctuelle, proportionnée et qu’elle vise des secteurs d’avenir
ou ayant un réel intérêt stratégique. Car l’interventionnisme démesuré d’un Etat qui joue
au pompier désordonné peut aussi se traduire par des fiascos monumentaux ! Le soutien
artificiel à certains secteurs structurellement déclinants dans les années 70-80 a coûté aux
contribuables des milliards, qui auraient pu au contraire contribuer à préparer les
reconversions des salariés concernés et à investir dans des secteurs d’avenir.
<p>Gagner en parts de marché, en parts de voix, en parts d’influence
On ne construit pas l’avenir d’un pays uniquement sur un principe de protection. L’Etat
n’est pas une nounou et les responsables politiques doivent préparer l’avenir, susciter
l’enthousiasme, créer une dynamique porteuse… Voilà pourquoi je propose aux Français
de s’ouvrir au monde. En cela, la stratégie que je propose est radicalement différente de
l’approche protectionniste. Elle est aux antipodes du FN ou du PS qui proposent chacun
un déclin progressif d’une France rabougrie, forcément condamnée dans la compétition
internationale. Vouloir fermer les frontières pour se protéger, mais en réalité disparaitre
progressivement, non merci !
<p>Dans les situations de crise, il y a ceux qui battent en retraite et se replient sur la défense
égoïste de leurs petits pécules déclinants. Et puis, il y a ceux qui partent à l’offensive. J’aime
beaucoup ce message – sans doute apocryphe - que Foch aurait envoyé au Grand Quartier
Général pendant la Grande Guerre alors que l’ennemi mettait ses armées dans une
situation périlleuse : « Mon centre cède, ma droite recule, situation excellente, j'attaque ! »
Oui, les défis à relever dans la compétition internationale sont difficiles mais les Français
sont plutôt bien placés pour les relever : nous avons des femmes et des hommes parmi les
mieux formés au monde, des infrastructures exceptionnelles, des leaders mondiaux dans
des secteurs porteurs, des liens privilégiés avec des pays à fort potentiel de croissance…
<p>C’est le moment pour nos acteurs économiques de partir à la conquête du monde et d’en
finir avec les complexes.
L’esprit de conquête nous incite à investir encore et
toujours dans l’éducation, la formation et l’innovation.
<p>Notre majorité a posé des jalons très forts avec
l’autonomie des universités, le crédit impôt recherche,
les investissements d’avenir. Il faut continuer !
L’esprit de conquête nous oblige à transformer notre
tissu industriel pour l’orienter vers l’export en misant
sur la croissance de nos PME conquérantes.
Il nous invite à cibler les pays émergents qui
connaissent des croissances à deux chiffres, à
regarder l’Asie, l’Afrique comme des partenaires
et des clients potentiels, plutôt que comme des
menaces.
<p>Je crois dans le génie français. Je crois dans notre
capacité à prendre en main notre destin et à
peser sur l’avenir du monde. Ceux qui nous
proposent le protectionnisme font souvent référence à la Nation avec des trémolos dans
la voix. Ils se présentent comme des patriotes mais en fait, ils n’ont aucune confiance dans
l’avenir de notre pays, dans les forces de notre communauté nationale. Ils ont peur. Et ils
nous sous-estiment.
<p>Toute proportion gardée, c’est la même et vieille histoire qui se répète dans notre pays si
souvent traversé par des sentiments contradictoires. Ah ! La vieille histoire du choix à
poser entre la résignation et le courage. Entre la peur contre l’audace. Entre le repli sur
soi ou la force de la créativité.
<p>En 1940, un vieux maréchal était persuadé que la France n’avait plus aucune chance, qu’elle
n’avait plus d’issue. Qu’il fallait abandonner le combat. Pétain disait vouloir sauver les
meubles et il a tout perdu : l’honneur et la guerre.
<p>En 1940, un général français a fait le pari du combat, le pari de l’audace, le pari de l’avenir.
Le Général de Gaulle a sauvé l’honneur de la France et il a gagné la guerre !
Je veux que notre pays renoue avec l’espérance et l’esprit de conquête, qu’il gagne en parts
de marché, en parts de voix, en parts d’influence. Je veux qu’il rayonne, et non pas qu’il se
congèle.
<p>Voilà un projet plus enthousiasmant pour les jeunes générations que la perspective d’une
fermeture de nos frontières.

Cette politique n’évacue pas la question de l’équilibre des échanges internationaux. Mais plutôt que le repli, elle défend le principe de réciprocité. Par exemple, il n’est pas normal que les contraintes environnementales ou sanitaires qui pèsent sur les industriels européens au nom de la sauvegarde de la planète ou de la santé des consommateurs soient ignorées lorsqu’il s’agit de biens importés. Dans cette logique, nous soutenons le principe d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe, ou encore un respect aussi scrupuleux des normes sanitaires que les produits ou matières viennent d’Europe ou d’ailleurs. De même, il n’est pas acceptable que certains pays ferment – par la loi ou de fait - leurs marchés publics aux entreprises européennes alors que nous les ouvrons à la concurrence extra-européenne. L’Europe se doit d’être plus offensive dans les négociations internationales et sans doute faut-il donner des mandats plus exigeants à la Commission européenne afin qu’elle défende mieux les intérêts des pays européens dans le cadre de l’OMC. Par ailleurs, la préférence communautaire doit s’appliquer, notamment dans le secteur agricole. Pour lutter contre les déséquilibres dramatiques sur les marchés mondiaux des matières premières agricoles, il est indispensable de construire une régulation internationale, sur la base des grandes zones régionales.

Le principe de réciprocité n’est pas une affaire de slogans simplistes ou de décisions unilatérales. Il est un combat permanent, le résultat d’un rapport de forces où la capacité de conviction et d’influence dans les instances internationales sont des éléments primordiaux. Dans ces conditions, la résignation est une faute politique mais les rodomontades populistes sont vaines ! Le Président de la République a montré pendant la présidence Française de l’Union européenne et pendant la présidence du G20 que la France pouvait faire entendre sa voix et défendre ses intérêts lorsqu’elle le faisait avec intelligence et détermination. Il faut soutenir cette logique. La politique réaliste et ambitieuse que je défends reconnaît le besoin de protection des citoyens et leur apporte des réponses, sans ériger la protection en alpha et en oméga de toute la stratégie économique française. Oui à une protection ciblée là où elle est nécessaire, mais attention à ne pas freiner toute prise de risque. La France n’est pas un musée de cire.

Tous les Français ne sont pas égaux face à la mondialisation. Certains sont largement gagnants, du fait de leur formation ou du secteur dans lequel ils travaillent. Un salarié bien formé dans une branche où la France est très compétitive peut tirer profit de la mondialisation. Il doit être encouragé, stimulé, plutôt que protégé. En retour, il est normal qu’il contribue à la solidarité nationale. Il en va de même pour un fonctionnaire ou un salarié travaillant dans un secteur peu exposé à la concurrence internationale.

En revanche, certains salariés sont en première ligne, sans avoir les « outils » pour se battre à armes égales avec la concurrence internationale. Ils ont besoin d’être accompagnés pour ne pas subir personnellement les conséquences de la mondialisation. Face au processus de « destruction créatrice » théorisé par Joseph Schumpeter, le politique n’a pas le droit de regarder des pans de l’industrie disparaître en laissant des ouvriers sur le carreau sous prétexte que de nouveaux secteurs émergent à côté. Ce n’est pas parce que le numérique a créé 700 000 emplois depuis 15 ans et qu’il devrait en créer au moins 450 000 d’ici 20154 qu’il faut fermer les yeux sur la situation des anciens salariés de l’industrie textile. Le défi politique ne consiste pas à indemniser les « perdants de la mondialisation », comme le préconise trop souvent la gauche, au mépris de la dignité des personnes concernées qui se trouvent alors enfermées dans l’assistanat, et ce au prix d’un gâchis humain et économique considérable. Le défi consiste à aider chacun à trouver sa place dans le système économique et social. Parce que chaque Français est important.

C’est alors un engagement en faveur de la reconversion, de la formation et de l’accompagnement actif qui s’impose. L’expérience prouve qu’il n’y aucune fatalité : quand, dans une ancienne région minière, s’installe un constructeur automobile japonais, des perspectives s’ouvrent à tous ceux qui peuvent se former. Quand, dans un quartier sensible, on implante une zone franche, on attire les entrepreneurs et on accompagne le retour vers l’emploi, le taux de chômage peut baisser. Le besoin de protection des salariés concerne en réalité moins l’emploi qu’ils occupent à un instant donné – personne n’est sérieusement capable de le garantir - que leur capacité à faire face aux circonstances à venir. C’est ce qu’on appelle l’employabilité. Voilà un point sur lequel notre modèle doit absolument progresser : protégeons les personnes en leur donnant les armes pour construire leur destin, au lieu de prétendre protéger leurs postes, ce que l’Etat ne peut pas faire pour tous les Français.

Dans certains cas, la politique de protection peut aussi passer par une intervention directe en soutien à une filière en crise : on l’a vu en 2009 lorsque, grâce à la réactivité de Nicolas Sarkozy, l’Etat a sauvé la filière automobile française en accordant des prêts à taux préférentiel aux constructeurs automobiles à court de trésorerie en raison de la crise. Il aurait été irresponsable de laisser disparaître plus de 700 000 emplois (directs ou induits) et une industrie stratégique. Il faut insister sur le fait que cette intervention de l’Etat n’est pertinente que si elle est ponctuelle, proportionnée et qu’elle vise des secteurs d’avenir ou ayant un réel intérêt stratégique. Car l’interventionnisme démesuré d’un Etat qui joue au pompier désordonné peut aussi se traduire par des fiascos monumentaux ! Le soutien artificiel à certains secteurs structurellement déclinants dans les années 70-80 a coûté aux contribuables des milliards, qui auraient pu au contraire contribuer à préparer les reconversions des salariés concernés et à investir dans des secteurs d’avenir.

Gagner en parts de marché, en parts de voix, en parts d’influence On ne construit pas l’avenir d’un pays uniquement sur un principe de protection. L’Etat n’est pas une nounou et les responsables politiques doivent préparer l’avenir, susciter l’enthousiasme, créer une dynamique porteuse… Voilà pourquoi je propose aux Français de s’ouvrir au monde. En cela, la stratégie que je propose est radicalement différente de l’approche protectionniste. Elle est aux antipodes du FN ou du PS qui proposent chacun un déclin progressif d’une France rabougrie, forcément condamnée dans la compétition internationale. Vouloir fermer les frontières pour se protéger, mais en réalité disparaitre progressivement, non merci !

Dans les situations de crise, il y a ceux qui battent en retraite et se replient sur la défense égoïste de leurs petits pécules déclinants. Et puis, il y a ceux qui partent à l’offensive. J’aime beaucoup ce message – sans doute apocryphe - que Foch aurait envoyé au Grand Quartier Général pendant la Grande Guerre alors que l’ennemi mettait ses armées dans une situation périlleuse : « Mon centre cède, ma droite recule, situation excellente, j'attaque ! » Oui, les défis à relever dans la compétition internationale sont difficiles mais les Français sont plutôt bien placés pour les relever : nous avons des femmes et des hommes parmi les mieux formés au monde, des infrastructures exceptionnelles, des leaders mondiaux dans des secteurs porteurs, des liens privilégiés avec des pays à fort potentiel de croissance…

C’est le moment pour nos acteurs économiques de partir à la conquête du monde et d’en finir avec les complexes. L’esprit de conquête nous incite à investir encore et toujours dans l’éducation, la formation et l’innovation.

Notre majorité a posé des jalons très forts avec l’autonomie des universités, le crédit impôt recherche, les investissements d’avenir. Il faut continuer ! L’esprit de conquête nous oblige à transformer notre tissu industriel pour l’orienter vers l’export en misant sur la croissance de nos PME conquérantes. Il nous invite à cibler les pays émergents qui connaissent des croissances à deux chiffres, à regarder l’Asie, l’Afrique comme des partenaires et des clients potentiels, plutôt que comme des menaces.

Je crois dans le génie français. Je crois dans notre capacité à prendre en main notre destin et à peser sur l’avenir du monde. Ceux qui nous proposent le protectionnisme font souvent référence à la Nation avec des trémolos dans la voix. Ils se présentent comme des patriotes mais en fait, ils n’ont aucune confiance dans l’avenir de notre pays, dans les forces de notre communauté nationale. Ils ont peur. Et ils nous sous-estiment.

Toute proportion gardée, c’est la même et vieille histoire qui se répète dans notre pays si souvent traversé par des sentiments contradictoires. Ah ! La vieille histoire du choix à poser entre la résignation et le courage. Entre la peur contre l’audace. Entre le repli sur soi ou la force de la créativité.

En 1940, un vieux maréchal était persuadé que la France n’avait plus aucune chance, qu’elle n’avait plus d’issue. Qu’il fallait abandonner le combat. Pétain disait vouloir sauver les meubles et il a tout perdu : l’honneur et la guerre.

En 1940, un général français a fait le pari du combat, le pari de l’audace, le pari de l’avenir. Le Général de Gaulle a sauvé l’honneur de la France et il a gagné la guerre ! Je veux que notre pays renoue avec l’espérance et l’esprit de conquête, qu’il gagne en parts de marché, en parts de voix, en parts d’influence. Je veux qu’il rayonne, et non pas qu’il se congèle.

Voilà un projet plus enthousiasmant pour les jeunes générations que la perspective d’une fermeture de nos frontières.



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